Achaïra n° 193 : Chronique de la désobéissance : La bureaucratie : une violence structurelle

La bureaucratie : une violence structurelle

C’est tout simplement l’affirmation de David Graeber qui a écrit le livre intitulé Bureaucratie. Mais, avant tout, pour Graeber, « les bureaucraties sont des formes utopistes d’organisation », et les utopies comme les bureaucraties répugnent à accepter les êtres humains tels qu’ils sont. Elles cultivent l’illusion que « les gens » vont pouvoir suivre des normes souvent impraticables, quelquefois absurdes et souvent contradictoires. Ainsi les humains en général seront-ils incapables d’accomplir ce que leur demandent les bureaucraties, qu’elles soient publiques ou privées. Aussi, de gré ou de force, allons-nous − oui, il s’agit bien de nous, qui que nous soyons − subir un assujettissement, une violence de la part de la bureaucratie.

Car, en dépit du titre d’un ouvrage consacré à la seule « bureaucratie », Graeber reconnaît que le chapitre intitulé « Les zones blanches de l’imagination » porte fondamentalement sur la violence, sur la « violence structurelle », précise-t-il.

Pour faire court, nous nous en tiendrons donc à ce chapitre en notant qu’un des agréments habituels des textes de Graeber − qui peuvent paraître quelquefois difficiles d’accès − se trouve dans les anecdotes éclairantes et très vivantes qu’il nous donne tout au long de nos lectures.

Par exemple, il raconte que − alors qu’il était étudiant à Madagascar, « sur le terrain » − un fonctionnaire avec qui habituellement il conversait amicalement en malgache lui répondit ce jour-là en français, « la langue du commandement ». Il faut dire que le fonctionnaire avait décidé d’aller voir un match de football avec ses copains. Le français, langue d’autorité, avait l’avantage de ne prêter à aucune discussion, contrairement au malgache d’alors, la langue de délibération, d’explication et de consentement. Le bureaucrate, par la langue employée, installait une division de fait avec une personne familière et transformait cette dernière en dominé qui devait faire l’effort d’interpréter la parole du dominant dans une langue qu’il n’était pas censé connaître.

La violence structurelle crée ainsi des divisions entre les humains, des « inégalités de l’imagination ». Que le dominé soit obligé de faire l’effort de comprendre, c’est une idée que Graeber a appris du féminisme : il est ainsi courant d’affirmer que les femmes comprennent mieux les hommes que le contraire ; ce sont elles qui font le travail « interprétatif » ; ce sont elles qui doivent imaginer ce que l’autre pense ; par là, elles seront dans l’invention, dans le faire, dans la convivialité et la créativité.

Or les zones blanches dont parle Graeber sont des endroits où le travail interprétatif est impossible ; ça ne fonctionne plus.

Dans nos démocraties représentatives, rares sont ceux qui imaginent les institutions bureaucratiques comme des lieux de violence. Graeber cite les banques, les bibliothèques universitaires, les compagnies d’assurance-maladie. Lieux de violence, avancez-vous ? Par euphémisme, nous dirions lieux où la « force » peut s’exercer par une police prête à intervenir à tout moment. Nous remarquerons que « les forces de l’ordre » se révèlent être le pur exemple d’une bureaucratie armée.

Ces structures violentes intégrées, assimilées par tout un chacun, ne sont jamais ou rarement remises en question : « Nous nous y sommes habitués. » Et, « bien qu’elles puissent ne comporter aucun acte de violence physique », elles ont les mêmes résultats que la violence tout court ; ce sont des violences potentielles où la discussion n’a plus sa place.

L’État-providence avec l’assurance-maladie universelle, l’école gratuite et quelques autres avantages a pu être décrit comme « un des plus grand succès de la civilisation européenne ». Encore faudrait-il qu’il soit administré par la base, devenant alors un service public autogéré, et non pas par une bureaucratie dont certains (Pierre Bourdieu est cité) admirent l’efficacité mais qui, avec le temps, se révèle un frein à l’imagination humaine ; pour autant, ceux qui la critiquent finissent habituellement, « en attendant » comme ils disent, par mettre à sa place une autre bureaucratie ; le compromis, à plusieurs reprises, a dégénéré en débâcle.

Mais il est un fait que la plupart des révolutionnaires d’aujourd’hui cherchent moins, ou plus du tout, à prendre le pouvoir d’État, pensant qu’il est possible, dès maintenant, de « vivre une authentique liberté révolutionnaire ».

Allons-nous considérer cela comme une des dernières avancées théoriques et pratiques de notre histoire ?

Cependant, il n’y aura de perspectives franchement ouvertes que par « une pratique immanente réelle » des dominés et des exploités « sur des modes que nous ne pouvons absolument pas imaginer à partir de notre situation actuelle », nous dit David Graeber.

Oui, à nulle autre pareille sera la révolution à venir !

David Graeber, Bureaucratie, Les liens qui libèrent, 2015, 300 p.

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Achaïra n°192 l’émission radio du lundi 6 mars 2017

Le Cercle libertaire Jean-Barrué vous présente l’émission Achaïra n° 192 du lundi 6 mars 2017

 

Salut à toi camarade. Salut à toi fidèle auditeur, fidèle auditrice d’Achaïra. Bienvenu sur « La Clé des ondes » la radio associative bordelaise qui se mouille pour qu’il fasse beau.

Saches que tu peux d’ores et déjà réécouter Achaïra sur le podcast de l’émission en cliquant ici.

Sommaire de l’émission Achaïra n° 192 du lundi 6 mars 2017

20h00 – générique – (sur fond musical Fela) – Esméralda, Bruno et Philaud

20h03 – sommaire de l’émission – Philaud

Salut c’est Philaud, vous êtes bien sur Achaïra, c’est la 192éme édition aujourd’hui et nous sommes ensemble, avec Esméralda, Progrès, Thierry et Laurent, de nouveau aux manettes de l’émission. Cette édition aura à nouveau été réalisée sur le fil du rasoir.

Vous retrouverez bien sûr la chronique d’André la chronique de la désobéissance sur le boycott, l’éphéméride et l’agenda de mars, nous conclurons cette émission par de longs extraits de la conférence organisée par le collectif libertaire de gironde avec Mark Bray, venue parler de son travail sur le mouvement Occupy Wall Street.

Mais tout d’abord, nous commençons avec nos invités venus du Vénézuela Thierry DERONNE et Jesus REYES ACEVEDO.

Le climat de troubles électoralistes qui occupent le pays ne nous aura visiblement pas inspiré.

20h05 Virgule sonore (jingle invité)

20h05– L’invité, 40 min

L’éducation au documentaire au Vénézuela, festival Amérique latine

20h45 Coupure musicale – 3 min

20h48 Virgule sonore (jingle chronique désobéissance)

20h48 – La chronique de la désobéissance – André (téléphone)

« Le boycott » – 7 min

20h55 Virgule sonore (jingle éphéméride)


20h55
– L’éphéméride anarchiste – 5 min

21h00 Virgule sonore (jingle agenda)

21h00 – Agenda militant (sur fond musical Ska reggae hip hop de Skatalites) 7 min

21h07 Virgule sonore (jingle Achaïra

21h08 Virgule sonore (jingle débat d’actu)

21h08 – Soirée avec Mark Bray le 18 février 2017 – 54 min (enregistrement)

Conférence à l’athénée libertaire – traduction Damian

22h02 – On se dit au revoir. (Sur fond musical Soul jazz orchestra-insurrection)

L’émission touche à sa fin, c’était la 192éme d’Achaïra. L’animation a été assurée par Esméralda, Progrès, Thierry et moi-même. Et un très grand merci à nos invités, Thierry DERONNE et Jesus REYES ACEVEDO et à Laurent aux manettes de l’émission.

A bientôt dans les mobilisations, les luttes, la vie-quoi !

Vous pouvez retrouver l’émission soit en redif le vendredi qui succède le direct et cela à midi, ou en podcast sur le www.lacdo.org dans la rubrique « Programme » puis cliquez sur « Achaïra », ainsi que sur les sites du cercle https://cerclelibertairejb33.wordpress.com et http://cerclelibertairejb33.free.fr en plus le programme sera détaillée et vous aurez les liens sur les chroniques écrites.

La prochaine d’Achaïra ce sera probablement le Lundi 3 avril 2017 à 20h00 toujours sur la clé des ondes 90.10.

Alors d’ici là portez vos luttes avec conviction et détermination.

22h05 – Fin de l’émission

Ephéméride anarchiste de mars

Le 1er mars 1906, sortie à New York du premier numéro de la revue mensuelle Mother Earth (Terre Mère) qui paraît sur 64 pages. Cette publication anarchiste dédiée aux sciences sociales et à la littérature est animée par Emma Goldman

Le 1er mars 1929, sortie à Bordeaux du premier numéro de Lucifer, organe de la pensée libre et de culture individuelle, journal animé par Aristide Lapeyre.

Le 2 mars 1974, mort de Salvador Puig Antich, militant et activiste anarchiste du MIL, garrotté à l’âge de 24 ans dans la prison Model de Barcelone.

Le 3 mars 1756, naissance de William Godwin, auteur de l’Enquête sur la justice politique, œuvre qui contient les principales bases politiques et économiques de l’idéal libertaire. Sa première compagne, Mary Wollstonecraf, publie quant à elle, en 1792, Revendication des droits des femmes, mais meurt en donnant naissance à sa fille, Mary, qui deviendra la compagne du poète Percy Shelley. Mary Shelley est l’auteure de Frankenstein.

Le 9 mars 1883, à Paris, une manifestation de « sans-travail », d’abord dispersée par la police, réussit néanmoins à défiler. Sur son trajet, plusieurs boulangeries sont pillées et de violents affrontements ont lieu avec les forces de l’ordre. Louise Michel, drapeau noir en tête et Émile Pouget, à l’initiative de cette manifestation,sont arrêtés et poursuivis pour « excitation au pillage ». Ils seront condamnés à 6 et 8 ans de prison.

En mars 1956, sortie à Paris du premier numéro de la revue Noir et Rouge, édité par un groupe issu de la scission de la Fédération anarchiste, puis de la Fédération communiste libertaire. Christian Lagant, le responsable, la fera paraître jusqu’en juin 1970.

Le 15 mars 1830, naissance d’Élisée Reclus à Sainte-Foy-la-Grande.

Le 17 et 18 mars 1921, la commune de Kronstadt succombe sous les coups de l’Armée rouge qui s’empare de la ville et des forts après de sanglants combats. Les communistes, maîtres de la ville, continueront à fusillés des centaines de prisonniers ou de blessés.

Le 18 mars 1871, début de la Commune de Paris.

Le 18 mars 1882, lors d’un meeting salle Favié à Paris, Louise Michel, désirant se dissocier des socialistes autoritaires et parlementaristes, se prononce sans ambiguïté pour l’adoption du drapeau noir par les anarchistes.

« Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions. »

Le 22 mars 1968, à la cité universitaire de Nanterre, le mouvement contestataire étudiant dit du « 22 mars » occupe les locaux. C’est le début…

Le 23 mars 1974, mort d’Aristide Lapeyre à Bordeaux.

Il était né le 31 janvier 1899. Adolescent, il fréquente la Ruche de Sébastien Faure. Conférencier anarchiste, il soutient la « synthèse anarchiste » qui regroupe individualistes, anarcho-syndicalistes et communistes libertaires, synthèse que certains nommeront l’« anarchisme sans adjectif ». Militant activement pour la limitation des naissances, Aristide est poursuivi par la justice, en 1935, lors de « l’affaire des stérilisés de Bordeaux ».

En 1936, il prend part à la révolution espagnole, se chargeant du bureau de propagande de la CNTFAI, puis il crée le journal Espagne Antifasciste qui deviendra L’Espagne nouvelle et dont André Prudhommeaux sera le rédacteur.

Le 23 mars 2000, à Londres, la haute cour de justice rejette la requête du gouvernement travailliste de Blair qui exigeait la fermeture de l’école libre de Summerhill (fondée en 1921, par A.S. Neill). Les libres enfants de Summerhill, en occupant le tribunal et en refusant le contrôle de l’État sur leur école (inspections, cours obligatoires, etc.), ont convaincu le juge de leur bon droit à s’opposer aux injonctions de l’État.

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Achaïra n° 192 : Chronique de la désobéissance : Le boycott

Le boycott

C’est bien malgré lui que l’ancien militaire anglais Charles Cunnington Boycott donna son nom à une pratique proche de l’action directe non-violente : le boycott.

Intransigeant régisseur, il souleva contre lui − en une véritable lutte de classe − des fermiers irlandais qui pratiquèrent à son encontre une impitoyable quarantaine. Il s’exila.

Le boycott peut se décliner de multiples façons : mise à l’index, ostracisme, embargo, rejet, bannissement, proscription, excommunication, blocus, non-coopération, interdit, mise à l’écart, isolement et même la simple bouderie. J’en oublie…

Si la grève est l’arme par excellence des producteurs, le boycott est celle, potentiellement, des consommateurs et des usagers qui peuvent ainsi développer un contre-pouvoir. Le boycott, par une action économique, peut redonner un pouvoir à la base que l’action politique a fait perdre et, parmi tous les autres moyens de lutte, le boycott − quand il se découvre un esprit libertaire − se révèle une arme économique pour ceux qui ne cherchent pas à conquérir le pouvoir politique.

Le contraire du boycott serait le « buycott », de « buy » : acheter, c’est-à-dire inviter les consommateurs à préférer tel marchand à tel autre, à choisir la « liste blanche » contre la « liste noire »… que l’on boycotte.

Un aspect du boycott que, d’ordinaire, on néglige, c’est l’importance donnée à l’individu, à sa liberté d’agir. En effet, dans l’action du boycott, l’individu ne s’efface pas derrière un collectif ou derrière une organisation ; d’une certaine façon, il s’en affranchit ; pour autant, il est de la plus grande évidence que le succès d’un boycott dépend de son articulation avec le collectif car on ne réussit pas seul ; néanmoins, dans un boycott, chacun s’engage selon ses possibilités, selon ses forces, et choisit sa façon propre de s’impliquer.

Dans la large panoplie de la désobéissance civile, le boycott est un outil que l’on associe le plus souvent à la non-violence. Il repose sur le refus. Si nous ne savons pas toujours ce qu’il faut faire, nous portons presque toujours en nous la certitude de ce qu’il ne faut pas faire, qu’il y a ainsi des limites que l’on ne peut franchir, autrement dit : l’individu recherche, plus ou moins consciemment, une cohérence dans sa vie.

L’Histoire est riche en boycotts :

− Un des plus connus, c’est la « Boston tea party », en 1773, qui préluda à l’indépendance des États-Unis en empêchant le débarquement des marchandises anglaises.

− La « mise à l’index » de patrons fermés aux revendications ouvrières avait été décrite par Michèle Marigot dans son Anarchosyndicalisme à Lyon, 1880-1914.

− Les actions de Gandhi sont mieux connues pour ne pas les redire ici.

− Le conflit mené en 1933 en Catalogne par la CNT anarcho-syndicaliste contre le patron de la bière Damm est décrit dans le livre Comme un chat de Floréal Cuadrado : après l’échec de la grève, la CNT organisa alors un boycott musclé victorieux.

− Le boycott des bus de Montgomery du 1er décembre 1955, en Alabama, fut le début du combat de la désobéissance civile qui se termina également par une victoire.

− En 1965, à Delano, les ouvriers agricoles, sur la côte occidentale américaine, lancèrent une grève qui s’étendit à toutes les entreprises et qui se transforma en un large boycott du raisin. L’apogée fut une marche de 500 km jusqu’à Sacramento.

− En 1990, c’est Nike, leader sur le marché de la chaussure et des vêtements de sport qui va subir le boycott de ceux qui lui reprochent de faire fabriquer ses marchandises selon des pratiques de production indignes. Nike s’incline en 1992.

− En 2001, après l’annonce de licenciements chez Danone à Calais et à Ris-Orangis alors que l’établissement est prospère, les ouvriers se mettent en grève et appelle au boycott de leur propre entreprise : « Danone licencie, licencions Danone de nos produits ! » Un site est lancé sur la Toile : « jeboycottedanone.com ».

− Le boycott de l’Afrique du Sud − qui durera une trentaine d’années − est bien connu, surtout par une image particulièrement évocatrice d’une tête d’enfant noir dans un presse-citron. C’était le boycott des oranges Outspan.

− C’est à l’exemple de l’Afrique du Sud que, en 2005, cent soixante-dix organisations de la société civile palestinienne ont lancé un appel à la société civile internationale pour un boycott intitulé BDS : Boycott, désinvestissement, sanctions. Cette action se développe avantageusement à travers le monde…

Sauf en France où, si le boycott n’est pas formellement interdit par la loi, il peut tomber, entre autres, sous le coup des articles 225-1 et 225-2 du Code pénal quand il est considéré « comme un acte discriminatoire ou une entrave à la liberté économique ». Visant plus particulièrement le BDS, les accusations d’« incitation à la haine raciale et à l’antisémitisme » sont portées. Des militants ont été condamnés, certains avec sursis.

La Cour européenne des droits de l’homme aura très certainement l’occasion de se prononcer dans les prochaines années sur cette affaire.

Le journal Le Monde du mardi 27 décembre 2016 titre en page une : « Israël face à la condamnation internationale de la colonisation » et consacre sa page 2 à la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant la colonisation illégale en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Cette chronique est une esquisse d’une publication à venir en cours d’élaboration.

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Rencontre-débat samedi 18 février 2017 « occup y wall street »

RENCONTRE AVEC MARK BRAY AUTEUR « D’OCCUPY WALL STREET » OU LES

ANARCHISMES COMME FONDEMENTS DES MOUVEMENTS ANTI-LIBÉRAUX CONTEMPORAINS.
organisée par le collectif libertaire de Gironde

SAMEDI 18 FÉVRIER 2017 À 17H
ATHÉNÉE LIBERTAIRE, 7 RUE DU MUGUET BORDEAUX.

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Achaïra n°191 l’émission radio du lundi 6 février 2017 – spécial santé publique

 

 Le Cercle libertaire Jean-Barrué vous présente l’émission Achaïra n° 191 du lundi 6 février 2017
Spécial résistances dans la santé publique

Salut à toi camarade. Salut à toi fidèle auditeur, fidèle auditrice d’Achaïra. Bienvenu sur « La Clé des ondes » la radio associative bordelaise qui se mouille pour qu’il fasse beau.

Saches que tu peux d’ores et déjà réécouter Achaïra sur le podcast de l’émission en cliquant ici.

Sommaire de l’émission Achaïra n° 191 du lundi 6 février 2017

Salut, c’est Philaud, vous êtes bien sur Achaïra, c’est la 191éme édition aujourd’hui, je suis accompagné pour cette émission de camarades du cercle libertaire Jean-Barrué, Esméralda, Progrès, Thierry et à la technique, de notre ami, Mika.

Pour cette émission, le sujet principal sera la dégradation de la santé publique. Pour cela, nous parlerons avec Sandra du collectif Santé Grèce et d’une soirée qu’il organise pour soutenir les Dispensaires autogérés en Grèce le samedi 11 février au Centre social Saint Pierre à Bordeaux. Ensuite, nous évoquerons avec Christina, du Centre 15 et Christian, médecin urgentiste, la lutte victorieuse des Assistants et Assistantes de Régulation Médicale, les personnes qui décrochent quand vous faites le 15 et vous assistent pour trouver le praticien qui correspond à vos attentes.

Nous allons évoquer juste avant avec Sandra un annuaire des lieux alternatifs sur Bordeaux et sa région, la nouvelle mouture du Petit Altern’actif avec ses 134 pages.

Ensuite, André reviendra sur le mouvement « Occupy Wall Street» avec la rediffusion de sa chronique de la désobéissance sur l’ouvrage de Mark Bray. Sa chronique introduira ainsi le débat organisé par le collectif libertaire de Gironde le samedi 18 février en présence de Mark Bray venu des États-Unis pour présenter son travail sur l’implication des idées anarchistes dans les mobilisations antilibérales, comme Occupy Wall Street. Ce sera à l’Athénée Libertaire.

Nous continuerons, si nous en avons le temps, avec quelques dates clés de notre histoire avec l’éphéméride de février, une occasion de retrouver des idées pour construire dès aujourd’hui un autre futur comme nous y invitera un agenda militant avec quelques rendez-vous.

Mais en tout premier lieu, nous reviendrons sur le procès de Jon Palais, le militant poursuivi dans le procès des faucheurs de chaises, que nous écoutions dans notre précédente émission. Nous parlerons de la mobilisation et du verdict.

20h10 Virgule sonore (jingle le débat d’actu)

20h10 – Retour sur le procès des « faucheurs de chaises » – 10 min

Le procès du 9 janvier 2017 à Dax – la mobilisation – le verdict

Signalons aussi le procès en appel de militants du DAL33 condamnés il y a deux ans, pour avoir aidé des sans-abris à occuper un logement vacant rue Planterose en juillet 2013. Suite à un recours en cassation le procureur a requis la relaxe. Le délibéré sera prononcé le 9 mars prochain à 14h.

20h20 Virgule sonore (jingle débat d’actu)

20h20 – La sortie de la nouvelle édition du Petit Altern’actif – 7 min

20h27 Coupure musicale – 3 min

20h30 Virgule sonore (jingle le débat d’actu)

20h30 – Soirée de soutien aux Dispensaires autogérés en Grèce – partie 1 – 10 min

Le collectif Santé Grèce,

20h40 Virgule sonore (jingle le débat d’actu)

20h40 – Soirée de soutien aux Dispensaires autogérés en Grèce – partie 2 – 12 min

La soirée de soutien le samedi 11 février 2017

20h52 Coupure musicale – 3 min –

20h55 Virgule sonore (jingle invité)

20h55 – La lutte des Assistants de Régulation Médicale – Autour du brasero – 1ère partie

La situation de la Santé publique – Le regard d’un syndicaliste sur cette situation – 15 min

21h10 Virgule sonore (jingle invité)

21h10 – La lutte des Assistants de Régulation Médicale – Autour du brasero – 2ème partie

Le témoignage des Assistant-e-s de Régulation Médicale en lutte – Le regard d’un syndicaliste sur cette lutte victorieuse – 20 min

21h30 Coupure musicale – 3 min –

21h33 Virgule sonore (jingle désobéissance)

21h33 – La chronique de la désobéissance – André (enregistrement)

« Les anarchistes de Wall Street ou la résurrection du phénix libertaire » – 7 min

21h40 Virgule sonore (jingle débat d’actu)

21h40 – Soirée avec Mark Bray le 18 février 2017 – 10 min

21h50 Virgule sonore (jingle agenda)

21h50 – Agenda militant (sur fond musical Ska reggae hip hop de Skatalites) – 8 min

21h58 – On se dit au revoir. (Sur fond musical Soul jazz orchestra-insurrection)

L’émission touche à sa fin, c’était la 191éme d’Achaïra. A la préparation nous remercions Fabienne, Anita et André. Nous remercions les invités de cette émission Sandra, Christina et Christian. Enfin, l’animation a été portée par Esméralda, Progrès, Mika, Thierry et moi-même. Et un très grand merci à Mika qui a assuré aux manettes de l’émission.

Vous pouvez retrouver l’émission soit en redif le vendredi qui succède le direct et cela à midi, ou en podcast sur le www.lacdo.org dans la rubrique « Programme » puis cliquez sur « Achaïra », ainsi que sur le site du cercle https://cerclelibertairejb33.wordpress.com en plus le programme sera détaillée et vous aurez les liens sur les chroniques écrites.

La prochaine d’Achaïra ce sera probablement le Lundi 6 mars 2017 à 20h00 toujours sur la clé des ondes 90.10.

Alors d’ici là portez vos luttes avec conviction et détermination.

22h00 – Fin de l’émission.

Ephéméride anarchiste de février auquel vous avez échappé au direct

Le 1er février 1805, naissance d’Auguste Blanqui, l’auteur du fameux « Ni Dieu ni maître ». Blanqui n’était pas du tout anarchiste, il était même un peu autoritaire. Il rata la Commune de Paris en 1871 parce qu’il était en prison.

Le 3 février 1909, naissance de la philosophe Simone Weil qui, durant la guerre d’Espagne, s’engagea dans la colonne Durruti et non pas dans les Brigades internationales comme l’écrit par erreur le Petit Robert de 2011.

Le 3 février 1913, à Paris, début du procès des survivants de la Bande à Bonnot, qui s’achèvera le 27 février.

En février 1946, sortie à Marseille du premier numéro du journal Monde nouveau. Parmi les collaborateurs, il y avait André Arru, Pierre Besnard, Paul et Aristide Lapeyre et aussi quelques autres…

Le 5 février 1894, à Paris, exécution par la guillotine d’Auguste Vaillant.

Le 6 février 1872, naissance de Luigi Bertoni qui, dès 1900, en Suisse, publia pendant de nombreuses années Le Réveil anarchisteIl Risveglio anarchico, un journal bilingue.

Le 6 février 1919, à Seattle (États-Unis), une grève générale de solidarité avec les dockers eux-mêmes en grève depuis le 21 janvier, commence. Les ouvriers, très bien organisés, contrôleront durant une semaine la cité industrielle (centre d’exploitation du bois) ; ils créeront des cantines populaires et gèreront eux-mêmes la cité. Ils arrêteront leur mouvement le 11 février face à la menace d’un affrontement sanglant entre les grévistes et l’armée. Cela n’empêchera pas les autorités d’arrêter et d’emprisonner dans les jours qui suivront 39 wobblies, les Industrial Workers of the World (IWW).

Le 8 février 1919, à Barcelone, début de la grève de La Canadiense, à l’origine d’un mouvement qui va durer 44 jours, s’étendre aux autres entreprises et paralyser la ville. 3000 grévistes de la CNT emprisonnés, la loi martiale décrétée. Mais grâce à la détermination des travailleurs, l’entreprise accepte de réintégrer tous les ouvriers avec augmentation de salaire et accorde la journée de 8 heures. Un meeting réunit plus de 20 000 personnes. Devant le refus des militaires de libérer une vingtaine de militants encore détenus, la lutte repart de plus belle et se termine le 14 avril par la victoire des grévistes.

Février 1908, États-Unis. Publication, dans Mother Earth d’Emma Goldman et dans la presse socialiste, du Manifeste au peuple américain écrit par les dirigeants du Parti libéral mexicain (dont Ricardo Flores Magon). Ils y expliquent les raisons de leur combat et dénoncent la répression dont ils sont victimes au Mexique comme aux États-Unis.

Le 14 et 15 février 1937, à Caspe, Espagne, a lieu le Congrès constitutif de la Fédération des collectivités d’Aragon (ou Conseil d’Aragon), représentant 275 villages auxquels s’ajouteront rapidement de nouvelles collectivités. Les premières mesures adoptées sont la suppression de l’argent et la construction d’un véritable fédéralisme. Cette importante œuvre constructive sera détruite par les staliniens le 11 août 1937.

Le 15 février 1922, mort de Clara Wichmann aux Pays-Bas. Les Éditions libertaires ont publié en 2016 quatre textes de Clara qui développa une pensée non-violente et libertaire.

Le 19 février 1869, naissance de Fritz Oerter qui dès 1920 prit position pour une non-violence révolutionnaire. L’Atelier de création libertaire a publié en 2015 sa Folie très raisonnable d’un ouvrier syndicaliste libertaire.

Le 25 février 1908, aux États-Unis, le Washington Post propose dans son édition du jour que tous les anarchistes, coupables ou non de crime ou de délit, soient mis à mort.

Le 27 février 1908, aux États-Unis, le journal San Francisco Chronicle dans son édition du jour, considère que le fait d’affirmer ses convictions anarchistes est « une preuve décisive de folie incurable ».

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Achaïra n° 191 : Chronique de la désobéissance. : Les anarchistes de Wall Street

Les anarchistes de Wall Street

ou la résurrection du phénix libertaire

 

Il faudrait, toi qui me lis, que tu aies déjà apprécié le livre de David Graeber − Comme si nous étions déjà libres (Lux éd.) − pour, avec le livre de Mark Bray − Occupons Wall Street −, continuer sur ta lancée ; et ce afin d’approcher au plus près cette aventure nord-américaine encore d’actualité où les idées et les pratiques libertaires sont largement présentes. En effet, ce mouvement s’est montré tout autant anticapitaliste qu’antiautoritaire et a été animé par une importante minorité de militants anarchistes au milieu d’une masse de sympathisants de la gauche réformiste de ce pays qui se satisferait, elle, tout simplement, d’une plus grosse part du gâteau. Or, ce que veulent les libertaires, c’est gérer collectivement la boulangerie.

Ces événements se déroulaient il n’y a pas si longtemps. Commencée le 17  septembre 2011, l’action se prolongera, à n’en pas douter, en de multiples répercussions…

Rappelons que 700 personnes furent arrêtées le 1er octobre 2011 sur le pont de Brooklyn alors qu’elles empêchaient la circulation.

Ainsi, en ce début de siècle, l’anarchisme donné pour moribond par nombre d’historiens a paru, le temps d’une action d’envergure, renaître de ses cendres devant des journalistes plutôt déconcertés, des journalistes nord-américains, incapables de réfléchir au-delà des schémas de la culture dominante et encombrés de modes de pensée convenus. Ils étaient bien en peine de comprendre les militants d’Occupy Wall Street qui n’exprimaient, semblait-il, pas de revendications claires, pas d’ambition électorale, qui n’avaient pas de leaders (ou alors beaucoup) et, de plus, qui occupaient des lieux improbables et sans signification particulière.

Mark Bray écrit :

« La destruction du capitalisme et la construction d’une économie démocratique, sans classes, durable d’un point de vue environnemental, caractérisée par l’entraide et la solidarité et se donnant pour priorité de répondre aux besoins humains ; le développement de formes de démocratie participative et directes à partir des communautés locales, des groupes et des personnes réelles qui permettent un empowerment [augmentation de la capacité à se prendre en charge] aussi bien individuel que collectif ; l’élimination de toutes les relations sociales hiérarchiques, quelles que soient les catégories sur lesquelles elles sont fondées (sexualité, race, genre, etc.) : voilà ce que voulait Occupy Wall Street. C’est aussi une bonne part de ce que veulent les anarchistes. »

Ce livre, résultat de 192 entretiens menés lors d’une enquête sur place et tout en suivant l’action, décortique, militant par militant, cette page d’histoire. Forte présence anarchiste, disons-nous ; Encore faut-il préciser que ce qualificatif − que certains des participants rejettent − abrite des réalités diverses que Mark Bray s’emploie à nous faire découvrir.

Cependant, nous n’entrerons pas dans l’estampillage proposé d’anarchistes avec un « a » minuscule différencié des anarchistes avec un « A » majuscule, les premiers caractérisés par un « style de vie », une « contre-culture » et une prédilection pour des thèmes privilégiés comme l’écologie, tandis que les seconds seraient plus organisationnels et mettraient l’accent sur la lutte de classe. Mais, bien sûr, c’est là simplifier à l’excès une réalité plurielle, complémentaire et en perpétuelle évolution.

Mark Bray explique assez minutieusement le fonctionnement des assemblées générales largement ouvertes, moins fréquentées par les militants que par des « touristes » ou par des « énergumènes » ; les militants préférant s’investir dans des « commissions » (presse, ravitaillement, finances, sanitaires, etc.). Cependant, ces lieux de parole sont lieux de conflit ; et l’auteur nous guide ainsi au travers des différentes façons qui permettent d’aboutir à un consensus, ou pas ; il nous décrit, en particulier, quand le public est nombreux et qu’il n’y a pas de haut-parleur, une façon originale de se faire entendre, ce qu’il nomme « le micro du peuple » : une technique de communication toute simple où un individu répète à voix forte, à la cantonade, ce que vient de dire un des participants.

Souvent, les réunions doivent subir les débordements de « perturbateurs » qu’il est difficile d’expulser au nom de la liberté de parole ; donc difficile à contraindre quand il le faudrait, mais, comme l’écrit Mark Bray, « après tout, une révolution est la chose la plus coercitive qui soit ».

Tout un chapitre, « Traduire l’anarchie », est consacré à une attitude relativement partagée par les militants − une sorte d’accord tacite −, pour ne pas dévoiler franchement leur qualité d’anarchiste, car, écrit l’auteur, « si j’avais employé le mot “anarchiste” dès le départ, beaucoup auraient immédiatement fait la sourde oreille ». Et, plus loin, à propos des idées libertaires : « Ces concepts ont été galvaudés dans les cultures populaires et politiques américaines. »

Il s’agissait donc de les « traduire », de dire les choses autrement, car il est inutile de prendre les gens à rebrousse-poil. On peut voir là une volonté de convaincre l’opinion, la société civile, les « autres », par une plus grande attention.

Mark Bray fait remarquer qu’à OWS New York il n’y avait pas de black blocs, donc pas de violence et cite encore Graeber qui avait écrit que les anarchistes qui ont lancé OWS « avaient collectivement décidé d’adopter une stratégie de non-violence inspirée de Gandhi et de refuser la destruction des biens matériels », cette dernière façon étant inappropriée à la situation du moment. Cela noté, Mark Bray dit avoir − ailleurs − participé à des black blocs.

Pour autant est prônée la diversité des tactiques et non pas la condamnation des black blocs qui, quelquefois, ont quasiment été livrés à la police par des manifestants plus pacifiques.

Cependant, par l’écoute de la parole des militants interrogés, l’enquête de Mark Bray nous ouvre un large éventail de réponses aux problèmes de la violence pour, finalement, conclure : « C’est selon leur efficacité que l’on devrait évaluer les tactiques. »

Ce livre développe donc une réflexion qui devrait satisfaire partiellement le questionnement de L. F. du groupe Regard noir (« Anarchisme et violence fantasmée ») dans Le Monde libertaire, n° 1763 du 29 janvier au 4 février 2015. Un L. F. qui dit beaucoup de choses et quelquefois de très bonnes. Comme :

« Être capable de casser trois banques et de lancer quelques cailloux n’a aucune valeur si cela amène à la dislocation totale de notre apparition publique, lanceurs de cailloux compris, c’est une preuve de faiblesse, non de radicalité. »

Par ailleurs, sans doute sommes-nous − nous les « non-violents » − plus familiers de la violence que les violents ne le sont de la non-violence, étant entendu que l’action non-violente est, historiquement, une idée et une pratique relativement neuves chez les militants anarchistes. Retenons cependant la proposition de L. F. d’une discussion en amont, avant l’action, avec l’acceptation de la diversité des tactiques. Il semble que cela se faisait déjà à Gorleben ou lors du G8 en Allemagne. Pour les Français, c’est plus récent.

C’est justement en Allemagne que le philosophe Günther Anders (1902-1992) − mais surtout à propos de la lutte antinucléaire − a été à la source d’un large débat quand, en 1987, il a publié La Violence : oui ou non (Fario éd., 2014) qui remettait en question l’efficacité des actions non-violentes. S’appuyant sur un double thème, l’état d’urgence et la légitime défense, il écrivait :

« Je tiens pour nécessaire que nous intimidions ceux qui exercent le pouvoir et nous menacent (des millions d’entre nous). Là, il ne nous reste rien d’autre à faire que de menacer en retour et de neutraliser ces politiques qui, sans conscience morale, s’accommodent de la catastrophe quand ils ne la préparent pas directement. »

Il écrit encore :

« C’est pourquoi je déclare avec douleur mais détermination que nous n’hésiterons pas à tuer les hommes qui, par manque d’imagination ou de cœur, n’hésitent pas à mettre l’humanité en danger et à se rendre ainsi coupables d’un crime contre elle. »

Le livre, sous-titré Une discussion nécessaire, nous propose un certain nombre de réponses venant d’un large horizon d’opinions qui, pour l’essentiel, ne suivent pas le philosophe dans son exhortation, d’ailleurs sans suite de sa part étant donné son âge.

C’est aussi l’occasion de constater un détournement de vocabulaire qui a conduit à la condamnation de certains non-violents par les tribunaux ; ces derniers n’ont pas hésité à criminaliser, à qualifier de terrorisme, des actions non-violentes comme les blocages par sit-in, les grèves ouvrières, la destruction de pylônes, etc.

Nous sommes ainsi dans la plus grande confusion langagière. Si nous-mêmes avons écrit qu’il y a un continuum entre la violence et la non-violence, l’une n’est pas l’autre. Pour faire image, nous dirons qu’il y a une progression de la lumière ou de l’obscurité entre le jour et la nuit. En effet, il y a l’aube et il y a le crépuscule, mais la nuit, ce n’est pas le jour.

Ajoutons le fait indéniable d’une sorte de fossé culturel dans le vocabulaire entre « violents » et « non-violents » ; par exemple, l’action non-violente est souvent confondue avec une action sans violence. Aussi, réduire la non-violence aux coopératives, aux Amap, au militantisme culturel, etc., est une simplification qui n’a de liens que très distants avec l’action non-violente ; disons que ce sont des activités parallèles qui, cependant, associées à d’autres, peuvent être en quelque sorte des bases arrières pour le combat.

Si la discussion se révèle difficile, il nous paraît que le débat s’ouvre lentement.

À l’évidence, nos camarades américains sont allés beaucoup plus loin que nous.

Pour en venir à quelques points de « friction », citons diverses affirmations :

− Que le « non-violent » manquerait de radicalité et que le « violent » ferait le jeu de la répression.

− Que le discours du « non-violent » serait « facilement récupéré par le pouvoir en place pour renforcer l’ostracisme de ceux qui choisissent l’action directe “violente” ».

Le pouvoir pratique la récupération tous azimuts, il n’y a pas à en douter ; il s’appuie sur une opinion publique qui craint en général les manifestations violentes.

Mais que le souci principal des « non-violents » soit la « respectabilité », non ; plutôt l’efficience face à l’opinion, à la société civile, aux « autres », car, « si vous pensez que casser une vitrine est un acte politique qui vaut la peine d’être accompli, alors vous devriez être conscient qu’il est considéré comme violent par la grande majorité de la population, que vous le vouliez ou non », écrit Mark Bray.

Par ailleurs, Mark Bray ouvre une perspective : « Le fait que la gauche radicale aux États-Unis ait été imprégnée par des pratiques, voire les positions politiques anarchistes, est un pas essentiel vers la création d’un mouvement libertaire de masse à long terme. »

Ainsi, les anarchistes des États-Unis, vilipendés par la grande presse, ces  anarchistes aux pratiques extraparlementaires, adeptes de l’horizontalité et de l’action directe, font preuve d’une imagination créative porteuse d’avenir.

Et, à propos d’action directe, Mark Bray n’hésite pas à citer Voltairine de Cleyre :

« Toute personne qui a déjà envisagé de faire quoi que ce soit et qui a essayé de le faire et a réussi ou qui a exposé un projet à d’autres et a obtenu leur coopération pour le réaliser, sans passer par des autorités extérieures pour les prier d’agir à leur place, a pratiqué l’action directe. »

Un Mark Bray qui renchérit à ce sujet en parlant de quintessence d’une politique préfigurative et, citant encore Graeber, qui pense que, lorsqu’on est capable de faire quelque chose, on doit agir « comme si l’État n’existait pas ».

Chaque jour est un commencement, l’espérance libertaire est vivante.

Mark Bray, Occupons Wall Street

L’anarchisme d’Occupy Wall Street, Noir et Rouge éd., 2014, 228 p.

Texte écrit à partir d’une chronique pour l’émission Achaïra

sur la Clé des ondes en Gironde du 2 mars 2015

Publié dans Messages reçus

Achaïra n°190 l’émission radio du lundi 2 janvier 2017 – spécial procès « faucheur de chaises »

Le Cercle libertaire Jean-Barrué vous présente l’émission Achaïra n° 190 du lundi 2 janvier 2017

Spécial procès de Jon Palais, « Faucheur de chaises »

Salut à toi camarade. Salut à toi fidèle auditeur, fidèle auditrice d’Achaïra. Bienvenu sur « La Clé des ondes » la radio associative bordelaise qui se mouille pour qu’il fasse beau.

Saches que tu peux d’ores et déjà réécouter Achaïra sur le podcast de l’émission en cliquant ici.

Sommaire de l’émission Achaïra n° 190 du lundi 2 janvier 2017

20h00 – générique – (sur fond musical Fela) – Esméralda, Bruno et Philaud

20h01 – éditorial de l’émission – Philaud

Salut, c’est Philaud, vous êtes bien sur Achaïra, c’est la 190éme édition aujourd’hui, je suis accompagné pour cette émission de camarades du cercle libertaire Jean-Barrué, Esméralda, Progrès, Germain, Adrien, Mika et à la technique, de notre ami Mika.

Pour cette nouvelle émission, nous aurons un éditorial brillant et plein de paillettes.

Il y a cent ans commençait la « petite révolution ». Nous aurons dix mois pour y revenir.

Pour cette émission, le sujet principal sera le procès d’un « faucheur de chaises ». En 2015, des centaines de citoyens ont réquisitionné des chaises dans des banques pour dénoncer leur rôle dans le système de l’évasion fiscale. 40 actions ont été menées toutes en plein jour de manière non violente et à visage découvert. Le 9 janvier aura lieu à Dax le premier procès d’un de ces faucheurs de chaises, Jon Palais des Landes et du Pays basque risque 5 ans de prisons pour vol en réunion pour une plainte de la BNP, la banque française qui a le plus de filiales dans les paradis fiscaux.

En première partie, nous entendrons Hervé Mazure, un membre du comité de soutien local qui nous parlera du soutien qui sera organisé ce jour-là par un collectif d’organisations qui tentera de transformer ce procès en un procès des paradis fiscaux. Le procès et le soutien auront lieu à Dax, ce lundi 9 janvier après-midi.

Ensuite, André reviendra sur « Le cœur libertaire de Lyon» avec la suite de sa chronique de la désobéissance. Il nous ramènera en 1869 à Lyon, avec la grève des ovalistes, travailleuses de la soie. Il s’appuie pour sa chronique d’aujourd’hui sur 4 ouvrages.

Puis suivra la chronique de Docteur G. avec une anthropologie de la guerre.

Nous continuerons avec quelques dates clés de notre histoire avec l’éphéméride de janvier, une occasion de retrouver des idées pour construire dès aujourd’hui un autre futur comme nous y invitera un agenda militant avec quelques rendez-vous.

En deuxième partie, nous écouterons Jon Palais, le militant de Bizi!, poursuivi dans le procès des faucheurs de chaises, nous parler de l’action qui a été mené, de ses retombées, du choix de cette forme nouvelle, du choix du recours à l’action non-violente, dans le cadre de la COP21 comme dans ce cas de contestation de l’évasion fiscale. Nous lui demanderons s‘il s’agit d’une critique pragmatique du capitalisme ou simplement de ses excès. Il nous dira aussi comment il aborde ce procès.

En toute fin d’émission, nous reviendrons sur l’agenda militant si tous les rendez-vous ne vous ont pas été donnés.

20h10 Virgule sonore (jingle le débat d’actu)

20h10 – Entretien avec Hervè Mazure sur la manifestation de soutien au faucheur de chaises – partie 1

Partie 1 : présentation du soutien et du collectif d’organisations pour la journée du 9 janvier –15 min

Bonsoir Hervé, peux-tu nous dire comment vous en êtes arrivés à vous regrouper sur Dax pour organiser ce soutien au procès du faucheur de chaises, Jon Palais, que nous recevrons à 21h15, procès que vous avez décidé de transformer en procès de l’évasion fiscale ?

20h25 Coupure musicale – 3 min –

Flash 1 : Nous rappelons que la France mène la guerre en particulier en Afrique et au Moyen-Orient.

Flash 2 : En cas d’intervention policière et/ou de début des travaux sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, rendez-vous le soir même à 19h place de la Victoire à Bordeaux

Flash 3 : vous écoutez Achaïra, l’émission du cercle libertaire Jean-Barrué, le premier lundi de chaque mois sur la Clé des Ondes.

20h30 – Entretien avec Hervè Mazure sur la manifestation de soutien au faucheur de chaises – partie 2

Partie 2 : le déroulé de la journée et manifestation du 9 janvier- 15 min

Comment va s’organiser cette journée ? Pour celles et ceux qui voudront nous rejoindre à Dax, Hervé, peux-tu nous dire ce qu’il faut savoir, rendez-vous, déroulé ?

20h45 Coupure musicale – 3 min –

20h48 Virgule sonore (jingle invité)

20h48 – La chronique du Docteur G. – Germain

« Anthropologie de la guerre » – 8 min

20h56 Virgule sonore (jingle Achaïra)

Flash 1 : Nous rappelons que la France mène la guerre en particulier en Afrique et au Moyen-Orient.

Flash 2 : En cas d’intervention policière et/ou de début des travaux sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, rendez-vous le soir même à 19h place de la Victoire à Bordeaux.

20h58 Coupure musicale – 2 min

21h00 Virgule sonore (jingle désobéissance)

21h00 – La chronique de la désobéissance – André (enregistrement)

« Lyon libertaire : les grêveuses magnifiques, les ovalistes » – 8 min

21h08 Coupure musicale – 2 min

21h10 Virgule sonore (jingle éphéméride)

21h10 – L’éphéméride anarchiste – 10 min (voir plus bas)

 

21h20 Virgule sonore (jingle débat d’actu)

21h20 – Entretien avec Jon Palais, faucheur de chaises, en procès le 9 janvier 2017

La mobilisation contre l’évasion fiscale- 15 min

Comment s’est organisée cette mobilisation ? Comment en es-tu arrivé à te trouver poursuivi ? Comment abordes-tu ce procès ?

21h50 Virgule sonore (jingle agenda)

21h50 – Agenda militant (sur fond musical Ska reggae hip hop de Skatalites) – 9 min

21h59 – On se dit au revoir. (Sur fond musical Soul jazz orchestra-insurrection)

L’émission touche à sa fin, c’était la 190éme d’Achaïra. A la préparation nous remercions Anita et André. Enfin, l’animation a été réalisée par Esméralda, Progrès, Mika, Germain, Adrien et moi-même. Et un très grand merci à Mika qui a assuré aux manettes de l’émission.

Flash 1 : Nous rappelons que la France mène la guerre en particulier en Afrique et au Moyen-Orient.

Flash 2 : En cas d’intervention policière et/ou de début des travaux sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, rendez-vous le soir même à 19h place de la Victoire à Bordeaux

Flash 3 : vous écoutiez Achaïra, l’émission du cercle libertaire Jean-Barrué, le premier lundi de chaque mois sur la Clé des Ondes.

Vous pouvez retrouver l’émission soit en redif le vendredi qui succède le direct et cela à midi, ou en podcast sur le www.lacdo.org dans la rubrique « Programme » puis cliquez sur « Achaïra », ainsi que sur le site du cercle https://cerclelibertairejb33.wordpress.com en plus le programme sera détaillée et vous aurez les liens sur les chroniques écrites.

La prochaine d’Achaïra ce sera probablement le Lundi 6 février 2017 à 20h00 toujours sur la clé des ondes 90.10.

Alors d’ici là portez vos luttes avec conviction et détermination.

22h00 – Fin de l’émission.

Ephéméride de janvier

Le 1er janvier 1911, ouverture à New York d’une École moderne fondée par l’association Ferrer, avec l’aide d’Emma Goldman et d’Alexandre Berkman. Elle éditera à partir de 1912 la revue Modern School magazine.

Le 1er janvier 1925, sortie à Paris de La Révolution prolétarienne. Créée par Pierre Monatte, cette revue, fidèle à l’esprit de la Charte d’Amiens,se tiendra à l’écart de l’influence des partis politiques comme des ingérences de l’État ou du patronat. La R P n’était pas spécifiquement anarchiste, y collaboreront cependant de nombreux compagnons.

Le 4 janvier 1945, en Sicile, Maria Occhipinti, enceinte de cinq mois, se couche devant les camions militaires qui viennent chercher les jeunes conscrits pour les incorporer dans la nouvelle armée. En quelques minutes, une manifestation se forme et entoure les militaires qui sont contraints de relâcher leurs recrues mais ripostent en tirant dans la foule, tuant un manifestant.C’est le début de la révolte ; trois jours durant des insurgés résisteront aux troupes gouvernementales. L’insurrection sera finalement écrasée dans le sang.

Le 6 janvier 1858, naissance de Sébastien Faure à Saint-Étienne.Figure importante de l’anarchisme français.Il fut séminariste avant d’être libre-penseur, et socialiste avant de devenir anarchiste. En 1895, avec Louise Michel, il fonde Le Libertaire.

Le 8 janvier 1883, à Lyon, lors du procès des 66, il est reproché aux accusés : « D’avoir […] été affiliés ou fait acte d’affiliation à une société internationale ayant pour but de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion et d’avoir ainsi commis un attentat contre la paix publique. »De très dures condamnations seront prononcées contre les inculpés : 4 à 5 ans de prison pour les « meneurs » Pierre Kropotkine, Émile Gautier, Joseph Bernard, Pierre Martin, etc.

Le 14 janvier 1921, naissance à New York de Murray Bookchin qui deviendra le théoricien de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire. Les idées de Bookchin sont partiellement revendiquées par Abdullah Öcalan, un des fondateurs et dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan.

Née le 24 janvier 1890 à Romans, l’anarchiste, pacifiste, néo-malthusienne et naturiste Jeanne Humbert mourra en 1986.Avec Eugène Humbert, elle animera le journal néo-malthusien Génération consciente. Le 5 novembre 1921, pour réprimer la propagande anti-nataliste, Jeanne et Eugène sont condamnés chacun à deux ans de prison.

Le 24 janvier 1978, mort de Robert Proix. Socialiste puis anarchiste et pacifiste, il est né au familistère de Guise (fondée par J.-B. Godin). Il fut l’ami d’Albert Camus et d’André Prudhommeaux (né comme lui au familistère). Il collaborera au journal Liberté, puis à l’Union pacifiste et au Monde libertaire, et soutiendra Louis Lecoin dans son action en faveur de l’objection de conscience.

Né le 31 janvier 1899, Aristide Lapeyre, militant à Bordeaux, était déjà un conférencier anarchiste reconnu lorsque, en 1928, il soutient la « synthèse anarchiste » de Sébastien Faure. En 1929, il crée un journal anticlérical Lucifer auquel succèdera La Révolte. Militant activement pour la limitation des naissances, il se fait stériliser par vasectomie par le docteur Norbert Bartosek. En 1935, il est inculpé lors de l’Affaire des stérilisés de Bordeaux. En 1936, pendant la révolution espagnole, il participe à la création du journal Espagne antifasciste qui deviendra Espagne nouvelle.

En octobre 1941, il sera pris en otage par les nazis manquant de peu d’être fusillé.

Il se battra pour le droit à l’avortement, n’hésitant pas à en pratiquer lui-même. Le 19 juin 1973, il est condamné à cinq ans de prison, suite au décès accidentel d’une patiente. Victime d’une hémiplégie, Aristide Lapeyre est libéré pour raison médicale, mais mourra peu de temps après, en 1974, à Bordeaux.

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