Ephéméride décembre 2020

L’usage de la radio par les anarchistes comme moyen de diffusion de leurs idées s’inscrit dans une longue tradition, comme en 1921, lorsque les insurgés de Kronstadt ont lancé des messages radio, ou en 1936, en Espagne, avec Radio CNT-FAI ECN1. En 1981, le lancement de Radio libertaire prolonge des initiatives de participation anarchiste au mouvement des radios libres, en France à la fin des années 1970, avec notamment Radio-Trottoir (à Toulon) dont les animateurs sont des membres de la fédération.

Le 5 décembre 1936, programme du jour d’E.C.N.1 – Radio de la CNT-FAI de Barcelone émettant sur deux longueurs d’ondes. Cette radio que l’on peut considérer comme la première radio anarchiste a été créée dans les journées qui ont suivies l’explosion révolutionnaire de juillet 36. Excellent relais de la presse militante en particulier de « Solidaridad Obrera », elle n’en oublie pas pour autant la dimension culturelle et éclectique. Ainsi, des émissions traiteront de l’avortement, de la sexualité, de la littérature, de la poésie, etc. L’aspect international n’est pas non plus oublié avec des émissions d’information diffusées dans un grand nombre de langues européennes en plus de l’Esperanto. Le programme du 5 décembre débute à 17h avec la diffusion des deux chants révolutionnaires « Hijos del Pueblo » et « A las Barricadas » aussitôt suivis par les informations de « Solidaridad Obrera » en provenance des divers fronts antifascistes. Viendront ensuite les communications confédérales, informations, réunions et autres appels (en castillan et catalan). Ce jour-là, le Dr Rosell Gane du Syndicat Unique de Santé aborde le sujet de : »comment se défendre contre les gaz asphyxiants », avant de laisser la place à une compagne de « l’Ateneu Enciclopédic Sempre Avant » qui fait un appel aux femmes de Catalogne et d’Espagne… Le mouvement anarchiste possédait une autre radio à Barcelone d’une puissance plus modeste (mais couvrant une grande partie de la Catalogne) : « EAJ-39 ». Elle sera saisie et réduite au silence par les Bolcheviques, lors des évènements de mai 1937.

Les réfugiés espagnols reconstruiront, en France, après la Libération en 1945 et 1946, deux émetteurs ondes courtes à longue portée à destination de l’Espagne, à Mont-Louis (Pyrénées-Orientales) et dans la collectivité libertaire de Aymare, Gourdon (Lot). Rappelons que cette collectivité à vocation agricole fut créée dès 1939 et permit la sortie de nombreux camarades enfermés dans les camps de concentration français par le gouvernement de l’époque. Ces émetteurs seront interdits par les autorités françaises à la suite d’une plainte du régime franquiste, le rôle joué par les exilés espagnols dans la résistance antifasciste en France étant rapidement oublié.

Le 8 décembre 1981, Gérard Boulanger, avocat bordelais, dépose la première plainte à l’encontre de Maurice Papon et a tenu l’un des premiers rôles dans cette procédure dans laquelle il défendit 27 des parties civiles et personnes physiques, au terme de laquelle Maurice Papon fut condamné pour complicité de crime contre l’humanité. L’histoire du Procès Papon s’est écrite au présent dans les locaux de la Clé des Ondes par la venue régulière de Michel Slitinsky et de l’avocat Gérard Boulanger, acteurs majeurs de ce procès.

Le 13 décembre 1983, à Paris, Léo Ferré chante pour soutenir « Radio Libertaire » (après sa saisie du 28 août) et rassemble plus de 6500 spectateurs. Face à cette mobilisation, le pouvoir cède. La fréquence 89.4 est définitivement attribuée à Radio libertaire. Moyen d’expression de la Fédération anarchiste, Radio libertaire a ouvert ses micros aux sympathisants : anarcho-syndicalistes, de la CNT ou d’autres syndicats, Libre Pensée, Union pacifiste, les espérantophones, la Ligue des droits de l’homme… C’est dans la présentation de la réalité quotidienne, des luttes et dans les rencontres, que s’est créée l’ouverture de Radio libertaire vers le mouvement social : travailleurs en grève, chômeurs, mal-logés, squatters, anti-racistes, écologistes, réfractaires, exilés…