Achaïra n° 211 : éphéméride de mai 2019


Éphéméride mai

Le 21 mai 1871, Commune de Paris ; début de la « Semaine Sanglante » qui se terminera le 25 mai. Les Versaillais, après s’être emparés des forts, entrent dans Paris. Une répression terrible commence. Les massacres et exécutions sommaires feront entre 20 000 et 35 000 morts. Le « boucher » Thiers pourra déclarer : « L’expiation sera complète. Elle aura lieu au nom des lois, par la loi, avec les lois ». Il convient de noter qu’à Bordeaux, mais aussi dans d’autres villes, subsistent des artères baptisées Thiers, …

Le 24 mai 1885, à Paris, au cimetière du Père-Lachaise, la manifestation anniversaire en souvenir de la Commune donne lieu à des affrontements avec la police, qui charge à la baïonnette dans le cimetière même, alors qu’à l’extérieur la cavalerie disperse les manifestants. Bilan de la journée : 40 blessés et 60 arrestations.

1er mai 1886, à Chicago : cette date, fixée par les syndicats américains et le journal anarchiste « The Alarm » afin d’organiser un mouvement revendicatif pour la journée de 8 heures, aura des conséquences inattendues pour la classe ouvrière internationale. La grève, suivie par 340 000 salariés, paralyse près de 12 000 usines à travers les USA. Le mouvement se poursuit les jours suivants. Le 3 mai, le meeting qui se tient près des usines McCormick donne lieu à des affrontements avec les vigiles privés qui protègent les « briseurs de grève ». La police appelée en renfort tire sur la foule, provoquant la mort de deux ouvriers.

Le 3 mai 1886 à Chicago, la grève qui a commencé le 1er mai se poursuit aux usines McCormick. A proximité se tient un meeting des ouvriers du bois où interviennent divers orateurs (dont les anarchistes Samuel Fielden et August Spies). Des affrontements se produisent lorsque des grévistes, désirant chasser les « jaunes » embauchés par McCormick pour casser la grève, sont accueillis par la police armée de fusils à répétitions. Deux ouvriers trouvent la mort et cinquante sont blessés. Le lendemain, le meeting de protestations à Haymarket se termine lui aussi en drame.

Le 4 mai 1886, tout Chicago est en grève et un grand rassemblement est prévu à Haymarket dans la soirée. Alors que celui-ci se termine, la police charge les derniers manifestants. C’est à ce moment-là qu’une bombe est jetée sur les policiers, qui ripostent en tirant. Le bilan se solde par une douzaine de morts, dont sept policiers. Cela déclenche l’hystérie de la presse bourgeoise et la proclamation de la loi martiale. La police arrête huit anarchistes, dont deux seulement étaient présents au moment de l’explosion. Malgré la mobilisation internationale, quatre seront pendus le 11 novembre 1887. En 1893 les 8 anarchistes seront innocentés et réhabilités par le gouverneur de l’Illinois qui reconnaît que l’attentat avait été commandité par la police de Chicago pour justifier la répression.

juillet 1889, trois ans plus tard, le congrès de l’Internationale Socialiste réuni à Paris, décide de consacrer chaque année la date du 1er mai : journée de lutte à travers le monde. Le « 1er mai » sera d’abord récupéré par les bolchéviques, puis par les nazis, et enfin par le régime de Vichy (en France), qui le transformera en « Fête du travail », sans jamais réussir totalement à lui enlever son origine libertaire.

Le 1er mai 1891, à Fourmies (France), première célébration française de cette Journée internationale des travailleurs. A Fourmies, cité industrielle du Nord, la troupe tire sur un rassemblement d’environ 200 grévistes pacifiques : 9 morts dont 8 manifestants de moins de 21 ans, parmi lesquelles une jeune ouvrière qui restera comme un symbole, Marie Blondeau, le p’tit Emile qui n’avait que 11 an. 35 manifestants seront blessés, l’un d’eux décédera le lendemain des suites de ses blessures. Cette fusillade provoquera une vive émotion dans la France entière. Elle est considérée aujourd’hui comme l’un des évènements fondateur du mouvement ouvrier.

Le 1er mai 1909, à Buenos-Aires, alors que la manifestation anarchiste appelée par la F.O.R.A réunit plus de 30 000 personnes, le chef de la police fait charger les manifestants: 8 personnes trouvent la mort et 105 sont blessées. Les socialistes se joindront aux anarchistes et déclareront une grève générale illimitée. A partir du lundi 3 mai, la grève s’étendra aux autres villes de province tandis qu’à Buenos-Aires elle mobilisera 220 000 travailleurs. Durant une semaine dite « Semaine Rouge » la ville sera occupée par l’armée qui arrêtera ou expulsera 2 000 militants et provoquera un nouveau massacre en tuant 4 personnes lors de l’enterrement des ouvriers morts le 1er mai. La grève générale prendra fin le 9 mai après que le gouvernement ait promis au comité de grève de respecter certaines exigences des travailleurs.

Le 1er mai 1920, à Turin (Italie), un meeting devant la Bourse du Travail rassemble plus de cent mille personnes. Mais le meeting terminé les manifestants sont chargés par la police qui tire sur la foule provoquant deux morts et une trentaine de blessés.

De nombreux 1er mai seront ainsi marqués par des événements tragiques, comme à Fourmies (France) en 1891, où l’armée tira sur la foule, faisant 9 morts parmi les manifestants. 150 à 200 manifestants, essentiellement des ouvriers de l’industrie textile en grève, se sont trouvés face à 300 soldats appelés en renfort après que des incidents aient éclatés dans la journée avec la gendarmerie. Ces derniers ont reçu l’ordre de tirer, le bilan est lourd chez les manifestants, outre trente-cinq blessés, neuf morts sont à déplorer, un homme de 30 ans, 2 jeunes gens de 20 ans, 2 enfants de 11 et 12 ans et quatre jeunes filles de 17 à 20 ans. »

Le 7 mai 1898, à Milan, des barricades sont élevées dans les rues pour protester contre l’augmentation du pain, mais l’armée tire au canon sur la foule des manifestants faisant plusieurs centaines de victimes. De nombreuses personnes sont arrêtées parmi lesquelles des anarchistes et des socialistes. le roi Humbert Ier décorera le général responsable de cette boucherie.

Le 21 mai 1905, à Buenos-Aires, après trois mois d’état d’urgence qui permirent d’intensifier les persécutions contre les organisations ouvrières et l’arrestation des militants les plus actifs, la FORA (anarchiste) et l’UGT (socialiste) organisent une manifestation commune place de la Constitution, pour protester contre la répression gouvernementale. Quarante mille personnes répondent à l’appel, mais la manifestation se termina tragiquement par la mort de trois ouvriers et par une vingtaine de blessés, victimes des tirs et des charges policières.

Le 5 mai 1920, aux Etats-Unis, deux militants anarchistes d’origine italienne, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, sont appréhendés par la police de New-York, dans un contexte social d’une extrême violence. Accusés d’un crime qu’ils n’ont pas commis, ils sont condamnés à la chaise électrique. Initiée par leurs camarades, la campagne pour leur amnistie, passionnelle, va gagner le monde entier. Cependant, ils seront exécutés sur la chaise électrique le 23 août 1927 à minuit. Il faudra attendre 50 ans, pour qu’ils soient réhabilités, le 23 août 1977.

Le 3 mai 1937, à Barcelone, le Central téléphonique, conquis par les anarchistes de la C.N.T depuis le 19 juillet 1936 (début de la révolution espagnole), est attaqué par divers groupes de police et de sécurité commandés par les communistes, mais les anarchistes ripostent et descendent en armes dans les rues qui se couvrent de barricades. Les combats dureront jusqu’au 7 mai. Bilan : 500 morts et un millier de blessés. Les militants du POUM étaient aux côtés des anarchistes.

Le 6 mai 1968, à Paris, une manifestation de solidarité avec les condamnés du 3 mai (évacuation de la Sorbonne par la police) se termine en affrontements violents avec les forces de répression. Des barricades sont de nouveau dressées et de véritables combats de rues vont alors avoir lieu jusqu’à 1 heure du matin dans tout le quartier latin. Le bilan de cette soirée est très lourd, plus de 600 blessés et 422 arrestations. Durant la nuit du 10 au 11 mai dite « nuit des barricades », au quartier latin à Paris de nouveaux affrontements vont se dérouler. Dès le début de la soirée, 20 000 manifestants occupent le quartier latin, les rues se couvrent de barricades. La population sympathise avec les émeutiers. Les CRS se lancent à l’assaut des premières barricades de la rue Gay-Lussac. La police ne prendra la dernière que trois heures plus tard, après de très violents affrontements qui feront plus de 367 blessés (dont 251 chez les policiers). 469 manifestants seront interpellés. La contestation va alors gagner le monde du travail, les syndicats et les partis politiques, la grève générale sera effective à partir du 13 mai.

Le 24 mai 1968, d’importantes manifestations à l’appel des syndicats ont lieu dans toute la France. A Paris, la manifestation rassemblant 30 000 personnes, étudiants et travailleurs, se voit interdire l’accès à la place de la Bastille par les forces de l’ordre. Le cortège se scinde alors et un groupe se dirige vers la Bourse, qu’il commence à incendier. Dans le quartier latin des combats de rues avec les forces de l’ordre ont lieu et une nouvelle nuit des barricades commence. A 3 heures du matin les autorités envoient des bulldozers pour dégager les barricades et en particulier les arbres abattus et les voitures renversées qui empêchent la progression des CRS. Un manifestant trouvera la mort rue des Ecoles, après avoir été atteint au cœur par un éclat de grenade. Des affrontements auront lieu également dans plusieurs villes de province.

Il y a eu sept morts au cours des manifestations de mai-juin 1968, selon la plupart des historiens. Les forces de l’ordre ont tiré deux fois à balles réelles : le 30 mai, dans le Calvados, tuant un jeune homme, et le 11 juin, devant l’usine de Sochaux à Montbéliard, abattant l’ouvrier-serrurier Pierre Beylot, 24 ans. Les nombreuses exactions des forces de l’ordre ont contribué à radicaliser les manifestants.

10 mai 2016 : À l’Assemblée nationale Manuel Valls dégaine le 49.3 pour faire adopter le texte de loi dit « loi travail » sans vote. Le 26 mai 2016, la contestation prend de l’ampleur avec le blocages des raffineries et des centrales nucléaires, perturbations sur les routes, dans les ports. Une intervention policière musclée débloque le site pétrolier de Fos-sur-Mer. Un peu partout en France des incidents violents impliquant les forces de police se multiplient. D’abord ciblées sur des jeunes lycéens qui manifestaient, ces violences se sont étendues aux rassemblements de Nuit debout et aux manifestations syndicales et associatives. Il n’est plus une manifestation qui ne se termine par des gazages à répétition ou des violences policières. Les saisines multiples du défenseur des droits et les plaintes déposées en sont la preuve. Résultat, un collectif s’est constitué : Stop Violences Policières. Le 1er mai, à Paris, l’artère de la cheville d’une manifestante est sectionnée par un tir tendu de la police, ce qui est normalement interdit. Le 10 mai, à Nantes, des manifestants sont percutés par des tirs tendus de grenades lacrymogènes, alors que cela est interdit par les lois relatives à leur utilisation. Le 12 mai, la préfecture annonce 4 manifestants blessés à Paris, alors que les street medics (manifestants équipés de matériel de premiers secours) recensent de nombreux blessés, dont une dizaine aurait été envoyée à l’hôpital, bilan qu’ils considèrent non exhaustif. Ils identifient les causes des blessures comme étant les tirs tendus de grenades de diverses sortes (hématomes, plaies ouvertes, crachats sanglants laissant présager d’une atteinte pulmonaire), les tirs de grenades de désencerclement (brûlures, hématomes, plaies, acouphènes, présence d’éclats dans la peau du visage), les coups de tonfa (contusions, plaies dont certaines au crâne, suspicions de fractures), les gaz lacrymogènes (crises d’asthme, de panique, perte de connaissance).

Le 24 mai 2018, Notre Dame des Landes, lors de l’évacuation de la ZAD, les gendarmes déversent une quantité record de grenades, un homme a la main arrachée par une grenade. Une procédure est lancée le 22 octobre 2018, au tribunal administratif de Nantes, par cinq blessés (2 journalistes et 3 habitants de la ZAD – maraîcher, cuisinier et étudiant) afin de démontrer la responsabilité de ces grenades, dans des blessures ayant provoqué fractures, brûlures au 3e degré ayant nécessité une greffe de peau, des éclats de grenade définitivement sous la peau. Le but est de prouver la liaison devant un tribunal administratif pour ensuite faire reconnaître la responsabilité de l’État, via le ministre de l’intérieur et le préfet pour cette pratique.

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