En guise d’édito

Révoltes populaires sur fond d’injustices fiscales

ou

Vers des automnes européens ?

Depuis mi-novembre 2018, un mouvement novateur embrase la France, ses ronds-points, ses autoroutes et les centres villes de ses métropoles, sous le regard incrédule de la plupart des mouvements sociaux organisés anciens.

Malgré le soutien rapide des droites extrêmes, le mouvement des « gilets jaunes » est le signe d’un échec et d’un discrédit des mouvements anciens sensés le « représenter ».

Bien sûr, il y a d’abord discrédit et colère contre le « nouveau monde » et la « révolution » macronienne qui devait changer « l’ancien monde » et n’a rien de nouveau avec l’aggravation des politiques anciennes d’amplification des inégalités sociales, en premier visible par la politique fiscale, car « ça coûte un pognon de dingue ! ».

Discrédit des partis d’opposition, discrédit des syndicats, empêtrées dans des scandales financiers pour certains mais surtout qui n’ont pas su réagir avec force contre les mesures d’injustice fiscale (suppression de l’ISF, hausse de la CSG, baisse des APL, … et maintenant hausse des taxes).

Discrédit envers les médias, mais pas les médias sociaux.

Mais aussi discrédit contre toutes formes de représentation, y compris entre « gilets jaunes », même si la mécanique des médias est d’extraire des porte-voix qui, se sentant « élus par les médias » vont vouloir transformer leur audience en représentation, en demandant par exemple la dissolution de l’Assemblée nationale pour que des listes « gilets jaunes, citrons ou oranges » puissent se présenter et prétendre porter des cahiers de doléance de « gilets jaunes » jusqu’au parlement.

Les organisations et mouvements contestataires n’y trouvent leur place qu’à condition de revêtir le fameux « gilet jaune » et de ne pas trop chercher à se distinguer.

Cette colère exprime aussi une crise territoriale. La construction d’une Europe des métropoles a sciemment laissé des zones qui sont excluent des bénéfices de la concentration des services publics en métropole, au nom des gains de productivité. Ce mouvement est une réaction contre cette exclusion.

Nous voyons revenir de façon forte la question du pouvoir d’achat avec des populations aussi diversifiées que les raisons de leur appauvrissement : retraité-es, travailleur-ses précaires, autoentrepreneurs, artisans et petits entrepreneurs, mères célibataires, handicapé-es, travailleur-ses des villes résidant en zones périurbaines, …

Si il n’y pas une perspective révolutionnaire à cette étape, il y a un apprentissage de l’auto-organisation. Si il n’y a pas que des salariés, il serait aveugle de ne pas y voir l’émiettement des formes du monde du travail. Et c’est pour ces raison que ce mouvement nous regarde, à nous libertaires.

Si les réponses fiscales revendiquées sont apportées par le pouvoir, elles pourront calmer les échauffourées mais ne détruiront pas les liens et les rencontres qui se sont créées autour des feux.

Formulons l’espoir que ce mouvement ne finisse pas complètement dans les urnes avec des listes « gilets jaunes » comme le mouvement « cinq étoiles » en Italie.

A suivre, aussi, ses émules belges qui montrent bien que c’est plus large qu’un Macron français.

Et aborder aussi la question de la violence policière, et le choc pour celles et ceux qui criaient « la police avec nous ! ». A Bordeaux, le compte des blessés de ce samedi 1er décembre 2018 est violent : joue arrachée, doigts explosés, …

Des suites sont déjà annoncées, samedi 8 décembre, comme l’acte 4, mais déjà aussi la perspective d’un 15 décembre avec l’appel de syndicalistes. Bien sûr, un mouvement large de grèves dans ce contexte pourrait faire avancer bon nombre de revendications, même si la combativité de bon nombre de syndicalistes et de syndicats laisse à désirer en cet automne 2018.