Achaïra n° 203 : éphéméride de juin 2018 : Le Bund


Éphéméride de juin 2018

Le BUND

Le débat, mainte fois lancé, est loin d’être clos ! A savoir : peut-on critiquer l’Etat d’Israël, sa doctrine essentielle, le sionisme sans être taxé d’antisémitisme ? Un début de réponse (sic) pourrait être apporté en se référant à deux ouvrages : « Non, nous ne sommes pas un peuple élu ! » Sionisme et antisémitisme dans les années trente. La doctrine du Bund polonais dans les textes, paru en février 2016 aux éditions Acratie. La traduction, l’introduction et les notes (plus anciennes- 1984) sont de Engerran Massis. Et aux éditions La découverte « le pain de misère, histoire du mouvement ouvrier juif en Europe » en trois tomes par Nathan Weinstock.

Citons le début de l’avant-propos : « Pendant plus d’un demi-siècle – de 1880 à 1940 – le mouvement ouvrier juif a représenté une force sociale parfois décisive dans les communautés juives d’Europe orientale ainsi que dans les grandes métropoles juives d’Occident. On ne peut cependant dire que l’historiographie juive ait manifesté à son endroit l’intérêt qu’on était en droit d’attendre. Encore des travaux récents ont-ils vu le jour aux Etats-Unis, en Israël, en Angleterre et en Autriche, dans l’aire linguistique française le sujet est tout bonnement ignoré ou peu s’en faut. Situation paradoxal e, la présente chronique n’a d’autre ambition que de combler cette lacune.

En effet, il faut avoir en tête que le yddish (historiquement langue parlée et non écrite, puis utilisant ensuite l’alphabet hébraïque, mais… c’est une autre histoire !) était un parler plébéien, l’hébreu, « langue sacrée » étant surtout prisée par les intellectuels. Discourir pendant plus de 600 pages, exemples à l’appui, sur des conflits du travail entre juifs n’attire pas la sympathie des sionistes de tout poil ! Dans le cadre de notre œuvre de pollinisation, il nous faut mentionner le chapitre 6 du 2ème tome du « Pain de misère » nommé « l’hégémonie des anarchistes » – pages 99 à 113 -. On aurait pu l’appeler l’épopée londonienne de Rudolf Rocker, en reprenant le flambeau de l’hebdomadaire yddish anarchiste (Freye Arbeiter Stimme – la voix des travailleurs libres -1890 – 1977) il deviendra le rédacteur en chef de l’Arbeter Fraynt (L’ami des travailleurs).

Si on veut poursuivre les recherches sur l’anarchosyndicalisme allemand, voir dans les Editions libertaires/Nada collection à contretemps, « Rudolf Rocker ou la liberté par en bas » – 2014.

Sinon, chères auditrices et chers auditeurs, revenons au Bund qui se heurtait aux sionistes, à la droite polonaise et aux bolchéviques communistes. Le point central de divergence était le problème des populations juives, of course, mais le moins que l’on puisse dire c’est que les opinions divergeaient sur la Palestine… Fallait-il y aller ou pas ? Comme on le sait ou qu’on l’a oublié, les opinions divergeaient … dans le mouvement anarchiste et juif…

Commençons par le commencement, c’est-à-dire la couverture de « Sionisme et antisémitisme dans les années trente » paru aux éditions Acratie en 2016. Le dessin représente deux personnages, l’un lisant un quotidien sioniste, Haynt, avec en une « trop de juifs en Pologne », l’autre lisant un journal nationaliste antisémite avec en titre « les juifs en Palestine ». Le surtitre étant « ils sont d’accord ». Les traductions qui sont contenues dans cet ouvrage soutiennent le message du dessin de couverture. Pour exemple, traduit de « Robotnik », 30 octobre 1930 l’entretien avec un dirigeant du Bund, Henryk Erlich au sujet de la Palestine : »Il était insensé d’imaginer que le peuple habitant ce pays depuis des siècles (les Arabes) et qui en constitue 86 – 90% de la population cesserait de se multiplier et se retirerait même de bonne grâce pour la place aux immigrés juifs uniquement parce que les ancêtres de ceux-ci avaient créé un Etat juif sur ces terres il y a deux mille ans ».

La suite, aidée par la Grande-Bretagne, l’holocauste, etc lui montra tristement que non !

Pour notre part (Achaïra), il nous paraît essentiel de faire remarquer que le Bund est décrit comme une organisation « marxiste dans le fond ». Pour ma part, les vieux militants que j’ai croisés dans l’Est parisien ont toujours déclaré que au Bund « on lisait Marx, Kropotkine et les autres » ! Va savoir…

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